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Revue Horticole 1891, volume 63, pp. 129-130
Rosa Rugosa Calocarpa
by Ed. ANDRÉ.
Ce n'est pas la première fois que l'on signale l'ornement remarquable que peuvent prêter aux jardins les fruits de certaines espèces de Rosiers. Au premier rang se trouve le Rosa rugosa type, avec ses grosses baies sphériques, déprimées, d'un beau rouge, surmontées des lobes accres-cents du calice. Le Rosa pomifera, bien qu'avec une autre forme et une autre nuance, est dans le même cas.
Le nombre de ces espèces est cependant peu considérable. Si l'on veut l'augmenter, et multiplier les formes que l'on pourrait appeler calocarpes (à beaux fruits), c'est par le semis qu'on obtiendra ce résultat.
M. Bruant, horticulteur à Poitiers, est entré résolument dans la voie des hybridations. Non seulement il a obtenu déjà la Rose Madame Georges Bruant, charmante variété à fleurs blanches très nombreuses, par le croisement du R. rugosa avec le Thé Sombreuil, mais il a trouvé aussi d'autres formes à corymbes multiflores et à fruits décoratifs.
Voici comment ces derniers produits ont pris naissance:
A la suite d'une fécondation du Rosa rugosa par le Rosier du Bengale commun, M. Bruant obtint:
1° Une plante à fleurs demi-doubles rose clair (exactement le coloris de la Rose du Bengale rose). Le bouton est charmant, très-allongé, mais la fleur épanouie est relativement petite. Ces fleurs sont très-abondantes; elles couvrent la plante pendant toute la belle saison. Les boutons en seraient certainement recherchés par les fleuristes, mais les fleurs épanouies étant relativement moins belles, M. Bruant ne s'est pas encore décidé à mettre cette variété au commerce, craignant qu'elle ne plaise qu'à un certain nombre de personnes.
2° Dans le même semis, M. Bruant trouva plusieurs plantes à fleurs similaires, c'est-à-dire sans différences appréciables. Leurs fleurs simples étaient moins grandes que celles du Rosa rugosa type; elles avaient une forme régulière et étaient bien distinctes de la mère par leur beau coloris rose frais, qu'on peut attribuer à l'influence du Bengale.
Ces corolles roses couvrent la plante dès le printemps et continuent de se montrer une grande partie de l'été. Elles sont remplacées à l'automne et pendant l'hiver par de jolis fruits rouge vif, qui, à la fin de décembre dernier, après les derniers froids intenses, étaient encore bien colorés sur les pieds. (Fig. 35.)
C'est cette plante que nous nommons Rosa rugosa calocarpa.
A partir de la deuxième année de greffe, les sujets fleurissent abondamment; plus ils vieillissent, plus ils sont florifères; ils conservent cette végétation vigoureuse propre au R. rugosa et à ses variétés ou hybrides.
Les rameaux du Rosa rugosa calocarpa sont plus menus que ceux du type, mais ils sont très-rigides. Les feuilles ont subi une modification; elles diffèrent de celles du R. rugosa: plus petites dans leur ensemble, plus élégantes, elles restent longtemps vertes, et sont presque persistantes dans les hivers peu rigoureux.
Dans les pépinières de M. Bruant, les pieds de deux et trois ans, greffés à tige sur églantier, forment des têtes absolument rondes.
Lorsque ces boules de feuillage bien vert sont couvertes de leurs fruits écarlates, elles produisent beaucoup d'effet, et l'on pourrait facilement intriguer les amateurs qui les verraient à distance pour la première fois.
Après la chute des feuilles, les plantes restent encore ornementales, puisque les fruits persistent.
On voit que l'hybridation entre Rosiers donne encore de remarquables résultats; quelque nombreuses que soient aujourd'hui les variétés cultivées, l'on peut s'attendre chaque jour à de nouvelles surprises, et même à l'obtention de formes presque voulues. Nous en trouverons la preuve dans la belle Rose nouvelle La France de 89 (1), qui provient d'un croisement entre La France et Reine Marie-Henriette, et qui réunit bien les qualités de ces deux variétés.
On peut donc chercher sans crainte une nouvelle série de produits d'ornement dans les fruits des Rosiers, et le succès récompensera certainement les hybridateurs.
Ed. ANDRÉ.
1 Voir Revue horticole, 1890, p. 266, et 1891, p. 12.
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